Vaste débat qu'est le choix d'un substrat.

On n'utilisera pas le même substrat pour les conifères (besoin de moins d'eau) et les feuillus. Certaines espèces comme les azalées ont besoin d'un substrat assez acide (espèces acidophiles).

Tous les substrats doivent impérativement être tamisés et lavés pour en enlever les poussières et éviter le colmatage des trous de drainage.. La granulométrie : de 3 mm à 15 mm (voir plus). Plus le substrat est fin et plus il sèche vite. Pour créer de la radicelle, mieux vaut utiliser un substrat assez gros entre 6 et 12 mm (notamment pour les plants en caisse de culture).

Il existe deux familles de substrat : les substrats minéraux et les substrats organiques. Les premiers sont aujourd'hui privilégiés par les amateurs et les professionnels, les seconds, de plus en plus délaissées. Il y a 20 ans - je n'ai pas connu -  les terres végétales et les terreaux avaient la cote ! Autre temps, autre moeurs...

 

1) Les substrats minéraux (terres et roches volcaniques) ont tous la particularité de retenir l'eau, d'être aérés - ce qui favorise la circulation de l'air ce qui est bon pour les racines -  et d'être drainants (pas de stagnation de l'eau donc pas de pourrissement des racines). En plus, ils favorisent la division racinaire et la création d'un fin chevelu. Ils font l'unanimité dans la culture du bonsaï.

 Quels sont ces substrats ?

Akadama : le roi des substrats pour ceux qui ne jurent que par le bonsai traditionnel à la japonaise. L'akadama est une argile volcanique rouge. Sa couleur change lorsqu'il sèche, il bon moyen pour savoir si il est temps d'arroser ou non.

Retient bien l'eau.

Les + :

  • c'est celui qu'utilisent les Japonais !
  • le poids (assez léger)
  • l'aspect (une question de goût)
  • le changement de couleur, quoique le substrat peut être sec en surface sans forcément l'être en profondeur
  • la rétention d'eau

Les - :

  • le prix car s'achète presqu'exclusivement chez les professionnels du bonsaï (donc cher) et s'importe du Japon donc grosse empreinte carbone dûe au trasnport
  • se délite avec le temps même s'il est de bonne qualité, il ne peut être recyclé
  • bientôt les Japonais ne l'exploiteront sans doute plus...

 

Akadama non lavée

Akadama lavée

Akadama humidifiée

 

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Pouzzolane : pierre de lave. Substrat au Ph neutre (6,8).

Les + :

  • le prix (quelques euros en jardinerie pour de la grosse granulomértrie)
  • se trouve facilement sauf pour la petite granulométrie pour laquelle, selon les régions, il faudra se rapprocher d'un spécialiste mais le coût restera moins élevé que pour de l'akadama.
  • très drainant
  • produite en France donc faible empreinte carbone
  • peu être recyclé

Les - :

  • très drainant
  • le poids
  • peu rétenteur (sèche très vite) donc pas vraiment l'idéal dans une région très venteuse ou très chaude, à moins de devenir esclave de l'arrosage
  • a besoin d'être bien lavé avant l'utilisation sinon c'est le dépôt de boue assuré
  • les radicelles s'accrochent dans les aspérités
  • l'esthétique (?), une question de goût...

 

Pouzzolane pas lavée et chargée de poussière qui se transforme en boue et bouche les trous de drainage avec le temps.

Pouzzolane lavée.

 

 

 

 

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Pumice : pierre ponce. La pumice est une roche d'origine volcanique formée par le refroidissement rapide de la lave. Les petites bulles d'air qui la composent font aussi office de réserve de chaleur, d'eau et de fixateur d’ions (engrais). Substrat au Ph neutre.

Retient l'eau mais moins que l'akadama. 

Les + :

  • bon rétenteur
  • le poids (comme l'akadama)
  • l'aspect
  • ne se délite pas avec le temps, peut être "lavée" et recyclée
  • faible empreinte carbone, importation d'Italie
  • le prix : 20 euros les 50 litres en moyenne chez les professionnels du bonsaï, sans doute moins cher chez un grossiste ou à la tonne
  • le radicelles ne restent pas incrustées dans les aspérités de la pierre

Les - :

  • l'esthétique

 

Pumice non lavée

Pumice lavée

Pumice

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Kiryu : Sable grossier granitique de rivière d’origine japonaise. Il est légèrement acide (Ph : 6,2). Idéal pour les pins qui ont besoin d'un bon drainage. 

 

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Kanuma : Terre argileuse originaire de la région de Kanuma au Japon. Ses propriétés physiques sont proches de celles de l’Akadama, mais elle est plus acide et donc mieux adaptées aux espèces acidophiles comme les azalées. 

 

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Il existe aussi la perlite et la vermiculite (plus acide), deux roches très légères, idéales pour les semis et les boutures. Je les ai toutes les deux utilisées dans un mélange (50/50 avec du terreau) pour des semis d'érable du Japon, d'orme de Chine, d'orme du Japon, d'orme champêtre, de pommier et d'érable de Buerger et j'ai eu d'excellents résultats. Le même constat pour des boutures d'orme du Japon (ulmus davidiana var. Japonica).

La perlite et la vermiculite sont d'une très petite granulométrie (moins de 3 mm), retiennent bien l'eau, sont drainantes et aérées. Elles facilitent la division racinaire et ne blessent pas les fines racines.

Le prix est assez élevé d'environ 1 euro le litre. Elles se trouvent facilement dans les jardineries.

Il existe encore d'autres substrats minéraux que je n'ai jamais utilisé comme le chabasaï, la zéolite...

 

 

2) Les substrats organiques :

Terre du jardin

Terreau

Terre de bruyère : terre acide pour les plantes acidophiles.

Ecorce de pin compostée : à acheter chez les spécialistes ou à faire soi-même. Mettre de l'écorce de pin en petite granulo ou broyée dans du terreau ou de la terre pour qu'elle se composte. Attendre 1 ou 2 ans avant tamissage et utilisation. Elle facilite l'assimilation des engrais et acidifie légèrement le substrat. 10 % maxi. Une écorce non-compostée dégagera de la chaleur en se compostant :) Attention !

Ecorce de pin brute qui n'a pas encore été compostée.

 

Charbon de bois : assaini le substrat (bactéricide).

Sphaigne du Chili : retient 20 fois son substrat en eau. Idéal pour le marcottage.

A mon sens, ils apportent tous (sauf les deux derniers) des micro-organismes et aident à fixer les micorhizes, les oligo-éléments.... Mais je peux me tromper.

 

3) Mon expérience (en 2016)

J'utilise de la pumice mélangée avec 15% de terreau et 20-25 % de pouzzolane pour l'ensemble de mes feuillus et pour mes ifs et, pour l'instant, cela convient bien à mes arbres, mon climat et mes disponibilités pour l'arrosage. Je dépose dans le fond de mes caisses un lit (1 cm - 1, 5 cm) de pouzzolane de grosse granulométrie pour le drainage. Il m'est aussi arrivé de mélanger à part égale de la pouzzolane et du terreau lors de prélèvements faits sur mon lieu de vacances. J'ai un charme et un érable du Japon (acer palmatum "little princess"), tous les deux en construction, dans un substrat 100 % akadama, ils se portent bien aussi mais nécessite un arrosage presque quotidien. Seuls un de mes pins est dans un mélange akadama-kiryu (rempotage fait par son ancien propriétaire).

Je n'ai pas encore utilisé de charbon de bois.

J'ai incorporé de la terre de bruyère pour un plant d'érable du Japon (qui apprécie un substrat très légèrement acidifié). Il se porte aussi bien que ses frères qui n'en ont pas eu.

J'ai utilisé de l'écorce de pin compostée de 1 an et incorporée dans le substrat de certains semis de l'année. RAS pour l'instant.

La sphaigne du Chili est vraiment l'idéal pour le marcottage.

 

4) Retour d'expérience après 4 années de culture 2015-2019

Règle n°1 = ne pas trop se prendre la tête avec les substrats. Tant qu'il est rétenteur et drainant, ça va.

Mais voici ma pratique : 

  • J'habite à 3 km de la mer, donc forte humidité. Quasiment jamais de gel et épisodes de fortes chaleurs l'été mais toujours moins que dans l'intérieur des terres. Vent régulier.  Je peux arroser matin et soir si besoin. 
  • Pour les arbres prélevés et les arbres en culture : pumice/pouzzolane (petite granulométrie). Globalement 2/3 - 1/3 environ, parfois plus, parfois moins. Pas très important. 
  • Bonsaïs et bonsaïs en cours de ramification. Granulométrie fine (fine granulométrie = fin racinaire = finesse de la partie aérienne)

     Pour les pins : mélange pumice 50 % + kyriu 25%  + akadama 25 %

     Pour les feuillus : pumice 30% + akadama 70 % (akadama retient plus l'eau)

     Pour les ifs : pumice 50 % + akadama 50 %

     Pour les genévriers : akadama 70 % + pumice 30 % = besoin de beaucoup d'eau. 

Les pourcentages sont indiqués à titre approximatif d'autant que je recycle la pumice dans laquelle je retrouve de la pouzzolane à des parts inégales... 

 

 

Charbon bois : dans chaque substrat. 3 à 4 cuillères à soupe par litre.